Message
par Web » mer. 19 août 2026 11:07
j'ai eu l'envie d'écrire un petit édito pour la rentrée (le grand retour des Edito AS ?), donc voilà, ça cause VE mais pas que :
[Edito] Du disque vinyle au moteur thermique : ce que l'histoire nous a déjà appris
Il y a dans le débat autour de la voiture électrique une impression de déjà-vu, déjà lu, déjà entendu qui me fatigue. Comme un vieux disque rayé qui tourne en boucle. Les mêmes crispations, les mêmes oppositions de clans, les mêmes prophètes de l'apocalypse technologique. Les « pro » et les « anti » s'affrontent comme si l'avenir de la civilisation tout entier dépendait du choix entre une batterie et un réservoir de carburant liquide. Et pourtant, cette histoire, on l’a déjà vécue. Presque à l’identique. Et on sait comment elle se termine.
Le grand remplacement
Quand le Compact Disc est arrivé, les défenseurs du disque vinyle ont crié à la trahison. « C’est froid », « c’est numérique », « ça n’a pas d’âme ». Les arguments des puristes et de la vieille garde étaient exactement les mêmes que ceux qu’on entend aujourd’hui sur le VE : perte de sensations, technologie déshumanisée, rupture avec une tradition.
A l'époque j'ai moi-même continué à acheter mes albums favoris en 33 tours, d'abord parce que l'objet était bien plus beau mais aussi... parce qu'il était moins cher. Oui, le CD ça a d'abord été un truc de riche. Tout comme la bagnole électrique. Les premiers lecteurs valaient une petite fortune alors qu'un tourne-disque pouvait se trouver pour une poignée de francs. Les disques également étaient plus chers, et le choix vraiment restreint au début.
Mais le CD était objectivement meilleur pour l’usage quotidien. Plus pratique, plus fiable, plus durable. Il est même devenu moins cher, mieux masterisé, avec des boitiers plus jolis aussi et il s'est imposé jusque dans les voitures. Bref, il a gagné.
Puis avec l'arrivée d'internet, il a été massivement remplacé par le MP3, lui-même avalé par le streaming. On le voit chaque jour, dans tous les domaines, rien n'est figé, rien n'est définitif. La technologie avance, et les usages suivent. Toujours.
Mais l'ironie suprême de cette histoire, c'est que le disque vinyle est revenu… comme objet de luxe. Et le plus étonnant, c'est que la majorité des acheteurs ne sont pas des baby-boomers nostalgiques mais un public jeune, qui n'a même pas connu l'arrivée du CD ! Personnellement, je n'achète plus de 33 tours, depuis longtemps (ni de CD d'ailleurs...), j'en connais trop bien les inconvénients. Mais aujourd’hui, ce support musical analogique est devenu un symbole, une expérience, un plaisir rare. Et je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre ce retour du vinyle et ce qui se passe dans le petit monde des sportives : la renaissance de l’analogique.
L’analogique : le nouveau luxe
Pendant vingt ans, l’industrie a tout fait pour effacer l’analogique. Les boîtes manuelles ont disparu, les moteurs atmosphériques ont été sacrifiés, les voitures sont devenues des interfaces numériques roulantes. Puis, soudain, l’analogique est redevenu désirable.
L'analogique c'est chic et les marques de luxe ont compris que la pureté mécanique n’était plus un standard archaïque… mais un produit de désir. La Porsche 911 S/T, la Gordon Murray S1, la McLaren McL 6GT, entre moteurs atmosphériques et boîtes manuelles, toutes revendiquent un retour à la sensation brute, à l’absence d’intermédiaire, à la connexion directe entre le conducteur et la machine. Et les restomods, de Singer à Kimera, poussent cette logique encore plus loin : réinventer l’analogique pour en faire un luxe dans un monde qui se digitalise à grande vitesse. Exactement comme le vinyle.
L’analogique n’est plus le quotidien. C’est le luxe. Et c’est précisément ce qui attend la voiture thermique selon moi : elle ne disparaîtra pas, elle deviendra un plaisir rare, une expérience, un objet passion. Le quotidien, lui, adoptera ce qui est plus simple, plus efficace, plus moderne : le VE.
Le débat thermique vs électrique est déjà tranché
Ce qui me dérange aujourd’hui, ce n’est pas le débat — il est sain. Ce sont les médias et les journalistes qui ont compris que critiquer le VE fait exploser les vues. C’est devenu un fond de commerce : on flatte les anti-VE, on excite les pro-Tesla, on crée du bruit. Mais ce bruit n’est pas un argument. C’est juste du carburant pour les algorithmes des réseaux sociaux qui adorent la polémique.
Mais la vérité, c’est qu’on ne peut pas aller contre quelque chose de mieux. Pas parfait, pas définitif, pas magique. Juste… mieux. Le smartphone a remplacé les téléphones à cadrans, qui voudrait revenir en arrière ? Le streaming a remplacé le CD, qui regrette vraiment ces piles de plastique tout rayé ? Windows 11 remplace aujourd'hui le Windows 95 des débuts de L'Automobile Sportive — et l’angoisse des démarrages aussi aléatoires que ceux de ma 205 GTI ne me manque pas. Je préfère parler à Copilot que de cliquer dans des menus gris en 256 couleurs ou admirer des blue screen of death...
Qu'on le veuille ou non, la voiture électrique suit exactement la même trajectoire : elle s’impose parce qu’elle répond mieux aux usages modernes. Et de mieux en mieux. Dans 10 ans, la question ne se posera sans doute plus et on finira même par oublier l'odeur nauséabonde des Diesel…
C’est toujours la même histoire : les technologies remplacées ne meurent jamais vraiment tant qu'il reste des utilisateurs. Les montres mécaniques, les appareils photo argentiques, les amplis à lampes ou les synthétiseurs analogiques ont tous connu la même trajectoire. Le moteur thermique suivra exactement ce chemin.
Conclusion : la passion restera, le progrès avancera
La voiture électrique n’est pas la fin de la passion automobile. C’est la fin d’une époque, comme le CD fut la fin d’une autre. La passion, elle, survivra — dans les sportives thermiques, dans les youngtimers, dans les objets mécaniques qui deviendront des pièces de collection. Et le quotidien, lui, adoptera ce qui est plus simple, plus efficace, plus moderne, et moins cher.
On peut aimer le vinyle et reconnaître que le streaming est meilleur pour l’usage. On peut adorer le caractère d'un gros V8 et admettre que le VE est plus adapté à la vie de tous les jours. Les deux vérités coexistent. Elles ne s’opposent pas, elles s’enrichissent.